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Installation : ils se donnent dix jours pour tout comprendre

Vctor, Luna et Adrien partagent leurs estimations chiffrées d'un scénario de reprise à Romain qui veut céder sa ferme dans les prochaines années.

Depuis trois ans, l’association Alterfixe réalise des camps pour accompagner les porteurs de projet dans l’installation.

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C’est une idée partie d’un « constat local » dans le bocage ornais. « On a un grand besoin d’anticiper le renouvellement des générations et des fermes », explique Gabriel Taquet, bénévole dans l’association Alterfixe. Après le succès d’un tour à vélo de visites de fermes — « l’Altertour » — un petit réseau se construit en 2021 pour organiser un camp dans le département — l’Alterfixe — où des porteurs de projet visitent des fermes à reprendre sur le territoire.

« L’idée finale est de faciliter l’installation », précise le bénévole attablé ce midi d’octobre, dans le gîte du village d’Athis Val-de-Rouvre, qui accueille durant dix jours l’édition ornaise de 2025. Deux autres départements proposent désormais des « camps alterfixe » : la Mayenne et le Lot-et-Garonne.

Immersion dans le monde de l’installation

Ici, les affiches donnent le ton : frise géante sur le parcours à l’installation, Post-it épinglés sur les comportements à adopter pour une installation collective, tableaux sur les différentes sociétés agricoles…

La dizaine de participants venus de partout en France s’immergent dans le monde de l’installation, par des ateliers pratiques, des rencontres avec les acteurs de l’installation et surtout, des visites de fermes environnantes. Si l’objectif est bien de favoriser la rencontre entre cédants et proteurs de projet, le camp est, pour la plupart des participants, une première étape dans leur parcours.

L’atelier phare ? Des scénarios de reprise en collectif à partir de certaines des fermes visitées. Trois fermes du territoire ont participé cette année. Romain, installé seul en vaches laitières et vaches allaitantes partira à la retraite dans les prochaines années.

Sachant qu’il était à la recherche de repreneurs, l’association l’a contacté pour que les porteurs de projet visitent sa ferme. L’agriculteur s’est prêté au jeu du scénario. Ici, le choix se dirige sur un projet d’arboriculture couplé à des poules pondeuses avec une pépinière, un atelier de chèvres, la conservation des bovins allaitants et la culture des céréales sur le foncier restant. S’il « comprend que des jeunes veulent s’installer à quatre », l’agriculteur leur conseille d’être « sûrs des marchés s’ils sont diversifiés ».

« Un entraînement qui permet de monter en compétences »

En réalisant des études économiques, « c’est un entraînement qui permet de monter en compétences », observe Victor, 28 ans, qui espère s’installer dans les prochaines années en arboriculture. Pour lui, ce camp est un premier pied à l’étrier. Il veut encore réaliser des stages ou du salariat pour mûrir son projet.

Pour Luna, 27 ans, son installation a des airs de retour aux sources. Avant son BTS en gestion et protection de la nature, elle avait réalisé un bac STAV (1), sans forcément de volonté de s’installer. Elle s’intéresse désormais aux petits ruminants, même s’il lui « manque du terrain et du concret ».

Alors quand une amie, bénévole à Alterfixe lui a parlé du camp il y a deux ans, c’est resté dans un coin de sa tête. « J’attendais de mûrir plus mon projet. Je savais qu’ici je rencontrerai des gens avec les mêmes problématiques que moi », raconte-t-elle le soir, alors qu’un café-installation se met en place dans la salle.

Et la présence des structures est un vrai plus pour la jeune : « Ces personnes connaissent bien le milieu agricole et peuvent répondre à nos questions en tant que porteurs de projet. » Dix jours immergée avec une dizaine d’autres porteurs de projet avec chacun leurs expériences, Luna est convaincue : « C’est vraiment le meilleur moyen pour démarrer un projet en agriculture aujourd’hui, d’arriver dans un territoire et d’avoir tout plein d’infos et tout un réseau, c’est parfait. »

« Voir un potentiel sur sa ferme »

« C’est une vision différente de l’agriculture », concède Perrine Delaunay, qui recherche un associé sur son exploitation en vaches laitières avec un petit atelier porcin. Sans associé en vue, alors que son père part à la retraite d’ici à un an et demi, elle est dans « l’urgence ». Pour elle, « il est temps de se tourner vers d’autres moyens pour transmettre sa ferme ».

Les deux premières éditions du camp Alterfixe ont eu lieu sur son exploitation. « En tant qu’agricultrice, s’inscrire dans cette démarche c’est simple : c’est juste une visite de ferme », encourage l’agricultrice. Il faut en revanche « accepter de se remettre en cause son système ». Surtout, ça permet « d’ouvrir le champ des possibles et de voir un potentiel sur sa ferme ».

Dix-sept personnes dans l’Orne

« Il y a toujours eu de tout comme profil, observe Gabriel Taquet, sous la double casquette bénévole et porteur de projet. Certains ont déjà un projet assez défini et d’autres sont juste curieuses de découvrir le monde agricole. » Tous ne s’installeront pas dès à présent. « Ça ramène du monde dans le coin », analyse tout de même le bénévole.

Depuis le début des camps, dix-sept participants sont arrivés sur le territoire ornais. Un repreneur d’une ferme laitière, plusieurs paysans-boulangers, d’autres qui montent leur projet d’élevage ou de grandes cultures mais aussi des salariés agricoles.

Ces camps seraient-ils une solution concrète au défi du renouvellement des générations ? En tout cas, le bénévole espère surtout que ces camps participent à « planter une petite graine dans l’esprit ». Libre à chacun de laisser du temps pour que le projet germe doucement.

(1) Sciences et technologies de l’agronomie et du vivant (STAV).

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